
Carnets du Ventoux n°122 - 2e semestre 2025
96 pages proposées à nos lecteurs,
peintres, écrivains, photographes, illustrateurs et poètes
nous font partager leur attachement à la montagne...
Bernard Mondon : directeur de la publication
La traduction de l'article en provençal ci-dessous
24 x 21 cm, 120 pages.
Prix public : 15 euros
En vente à Vaison-la-Romaine, Bédoin, Caromb, Mormoiron, Flassan, Villes-sur-Auzon, Mazan, Beaume-de-Venise, Vacqueyras, Sarrians, Sault, Nyons, Malaucène, Buis-les-Baronnies, Lisle-sur-la-Sorgue, Pernes-les-Fontaines, Carpentras, Le Barroux, Montbrun-les-Bains, Mollans.

Qui sommes-nous ?
LES CARNETS DU VENTOUX
Une revue associative trimestrielle.
Cette revue, créée en 1986, s’inscrit dans un territoire,
dominé par le Ventoux, situé, d’un côté, entre les Dentelles
de Montmirail et la montagne de Lure et, de l’autre,
entre les collines des Baronnies et les hauteurs des monts de Vaucluse.
Son objectif est de mieux faire connaître cette montagne emblématique et les villages qui l’entourent, de contribuer à la mise en valeur de leur patrimoine naturel, culturel et humain, d’évoquer leur histoire, de rendre compte de leur vie d’aujourd’hui et de participer à la réflexion sur leur avenir.
Le comité de rédaction est composé d’une douzaine de rédacteurs permanents secondés de rédacteurs occasionnels, tous bénévoles.
Chaque numéro de 120 pages comprend un dossier thématique, un reportage sur un village, le portfolio d'un artiste et diverses autres rubriques sur la faune, la flore, l’histoire, une randonnée…
Publiée par les éditions Esprit des Lieux à Saint-Léger-du-Ventoux, la revue est rédigée, mise en page et imprimée sur le territoire du Ventoux.
L’association Les Carnets du Ventoux est membre consultatif du comité syndical du Parc naturel régional du Mont-Ventoux.

UN BOULANGER D'AUTREFOIS
Claude VALLET
Nous avons choisi d'évoquer quelques aspects matériels et humains de la vie de François Jouve à Carpentras, une période où il était boulanger, dans la première moitié du vingtième siècle, en puisant dans quelques extraits de témoignages de ses amis et mémorialistes, tels René Jouveau (RJ), Alphonse Martin (AM), Jean-Pierre Monier (JPM) dans sa magnifique et monumentale somme... et Jouve lui-même.
Le lieu de travail
François Jouve était fier du four de ses ancêtres dont quatre générations avaient assuré le renom dans sa bonne ville.
« Dans la rue de la Porte Royale (Ndlr : Porte de Mazan) la boulangerie de Jouve n'était pas comme toutes les boulangeries ! Autant que de rangées de pains, de sacs de farine, on voyait accumulés des livres, des revues, et des journaux couverts de farine et de son, qui y étaient depuis longtemps et qui y étaient pour longtemps encore »(RJ)
« La gloriette du four était un lieu secret qu'on aurait dit éloigné du monde tant le bruit du monde y arrivait assourdi » (RJ)
Les conditions de travail
« Quand ensuite le levain était prêt et que le vieux pétrin commençait à tourner, vers neuf ou dix heures, Jouve soupait et on n'entendait plus que les cahots du vieux moteur qui faisait tourner le pétrin » (RJ)
« Il se couchait et attendait (de son lit) pour entendre le pétrin se mettre en marche » (RJ)
« Malgré sa constitution un peu délicate, Jouve a toujours fourni une somme de travail remarquable, n'occupant des ouvriers que par intervalles.
Harassé, n'en pouvant plus, il s'allongeait seulement un peu dans sa gloriette de tout son long, pour prendre un instant de pause »
« Et c'était avec infiniment de soin qu'il travaillait, pétrissant sa pâte le temps nécessaire, la surveillant pendant le temps de la cuisson, avec assiduité, ne cherchant jamais à lui faire produire plus de pain qu'il n'en fallait. Aussi, il avait une nombreuse clientèle, qui lui était très attachée » (AM)
Les divers types de pain et combien ils sont estimés
Le pain de la semaine, ce pain des Blondin, le pain de ménage, plutôt noirâtre et de seconde qualité, le pain falot et plâtreux, le pain coing, le pain béni, le pain des autels, le pain sacramental, le pain des anges, le pain de vie, le pain des messieurs, le pain un peu chaud, à quignons, le pain à la baguette, le pain cornu, le pain bis...
Le petit pain de trois sous, petit pain bosselé et mâchuré, un bon petit pain chaud, souple et bien criblé de trous, un petit pain recherché à la croûte dorée, les petits pains de luxe, les petits pains menus et dorés.
Un quignon de pain savoureux, un croûton tendre, pas noirci ni cendreux, des pâtons sur couche au bout du pétrin.
Une pâte gaillarde, le levain un peu gros, charnu et pétri, nerveux.
Les petites-têtes d'Aix, le pain de Beaucaire, une petite fougasse bosselée, une corbeille d'oreillettes, un lambeau de pâte, une mie de pain... » (FJ /JPM)
Les noms de boulangers employés par Jouve et leurs surnoms
Boulanger, garçon boulanger, celui qui fournit le pain, farineux, pétrisseur, mitron, faiseur de pain...
Cuiseur de pain, roi des pétrisseurs et par ironie tripatouilleur de levain, gâte-farine, pétrisseur d'argile ou de plâtre, épouvantail de pâte mal travaillée, fabricant de tuiles de l'Estaque !
Les chalands
De braves gens que Jouve a tant aimés « les pauvres de Carpentras... de piètre apparence... des servantes, des chambrières... des vieilles filles, des vieilles dévotes » des estropiés, des édentés, des déguenillés, mais aussi de charmantes jeunes filles jusqu'aux artisans boutiquiers, gens distingués et même un sous-préfet. Ses clients, il en surnommait certains comme « La mange pois-chiches, la plus ancienne de tous, la grosse Finet de Pignon, Zine la Bla-bla, la Marie de Matias de Serres, Bouvier tête cuite, le plus tardif des mauvais payeurs de la clientèle » (FJ) et la liste n'est pas épuisée !
La livraison du pain
Vous en voyez maintenant des boulangers qui livrent le pain à pied et à domicile ?
« Jouve livrait lui-même son pain. Il descendait en fin de journée pour aller porter le pain à l'École Supérieure des Jeunes Filles. Souvent en sortant du Collège, je le rencontrais qui poussait son charreton, chargé de corbeilles et je l'accompagnais... Ce n'était pourtant qu'un mauvais charreton tout démantibulé dont les roues de fer faisaient sur le pavé un vacarme du diable ! » (RJ)
Connu entre autres pour son art de conteur, dans son Four des Blondins, rempli d'admirateurs amicaux, le soir après la veillée, il fut aussi un boulanger remarquable très estimé de sa clientèle carpentrassienne.
















