Les Carnets du Ventoux

Carnets du Ventoux n°105
96 pages proposées à nos lecteurs,
peintres, écrivains, photographes, illustrateurs et poètes
nous font partager leur attachement à la montagne...
Bernard Mondon : directeur de la publication
 
La traduction de l'article en provençal ci-dessous
 

 

 

24 x 21 cm, 96 pages.

Prix public : 10 euros

 

En vente à Vaison-la-Romaine, Bédoin, Mormoiron, Flassan, Villes-sur-Auzon, Mazan, Beaume-de-Venise, Vacqueyras, Sault, Aurel, Méthamis, Nyons, Malaucène, Buis-les-Baronnies, Pernes-les-Fontaines, Carpentras, Le Barroux, Montbrun-les-Bains, le sommet du Ventoux, Mollans, Entrechaux, Crillon-le-brave et sur ce site.

AUTOUR DU VENTOUX (2e partie) Carnet du Ventoux n°105

Jan-Pèire Monier

 

Nous avons consacré la rubrique « En provençal » de notre précédent numéro (CDV n° 104) à l’épopée de Jean-Pierre Monier, de Claude Lapeyre et de leurs amis, entreprise en juin 1996 sur le parcours effectué en 1887 par Frédéric Mistral et ses compagnons : le poète Théodore Aubanel et le peintre Pierre Grivolas.

Partis du Mont Serein vers Brantes, puis de Brantes à Montbrun où nos vaillants marcheurs passeront la nuit, nous allons les suivre tout au long des étapes suivantes…

 

Troisième journée : Montbrun / Sault

Le lendemain, nous laissâmes Montbrun pour déboucher sur le pittoresque petit village d’Aurel, très venté, et la vallée souriante de Sault, en traversant de magnifiques paysages entre les monts du Ventoux et de Lure.

Nous prîmes le temps de visiter le joli village d’Aurel dressé sur la colline avec ses belles maisons blotties contre la vieille église du XIIIe  siècle.

Nous retrouvâmes là, quelques amis toujours prêts pour promener sur les routes du Vaucluse, même s’ils ne sont pas des plus courageux pour la randonnée. Nous nous mîmes à la recherche d’un endroit bien à l’abri du mistral dans le but d’alléger notre besace et d’emplir notre panse !

Nous commençâmes à avoir une faim de bûcheron qui nous coupait les mollets. Et après un bon petit somme sur l’herbe moelleuse, nous prîmes tranquillement le sentier qui nous conduisait au pays de Sault.

À Sault, nous nous trouvâmes bien une bonne quinzaine pour prendre pension chez Zine Signouret, une des bonnes tables du pays où le gibier ne manque jamais ! Ce fut pour nous un vrai plaisir d’être accueilli par un vieux camarade de classe, Georges Bonis, toujours vieux garçon, et, de le voir, bien heureux de l’être, courtier en truffes de son métier, continuellement employé à rouler les pauvres chercheurs de truffes sur tous les marchés de la région.

Quatrième journée : Saut / Mont-Serein

Dès le matin, nous étions plein de courage pour affronter l’étage le plus difficile qui devait nous mener au Mont-Serein, une montée d’une durée de six heures avec un sérieux dénivelé, tout ce qu’il faut pour aiguiser l’appétit. Avec le renfort de nos amis de Villes-sur-Auzon, qui n’ont pas leurs pareils pour vous apporter un solide repas, joyeusement arrosé du vin de la Montagne Rouge, estampillé du nom d’Eric Caritoux, le « Roi du Ventoux », nous achevâmes de la meilleure façon cette magnifique randonnée autour de notre géant de Provence.

Le dernier tronçon, qui s’étire de la Frache au Mont-Serein, à travers les bois de hêtres, de mélèzes et de pins, et, dans les clapiers, les éboulis, les écroulements de cailloux qui effrayèrent tant Frédéric Mistral, paysage beau à en perdre le souffle : vous dominez toute la vallée encaissée du Toulourenc et vous admirez les mamelons sombres des Baronnies, du Dévoluy, du Dauphiné, de la Montagne de Lure, et, dans le lointain, vous voyez les cimes éblouissantes et neigeuses de la Barre des Écrins et des Alpes.

De ce fait, notre beau périple de quatre jours pris fin à l’Auberge du Mont-Serein où nous attendait une bonne table pour conclure dignement notre pèlerinage sur les traces de Mistral et de ses amis.

Mais, ce n’était pas terminé complètement, car au début de la nuit, nous nous retrouvâmes tous en contrebas du sommet du Ventoux, à la chapelle de la Sainte-Croix, où plus de trois cents Provençaux du terroir s’étaient réunis pour fêter le Feu de la Saint-Jean. Il faut dire que le vent s’était levé et qu’il faisait plutôt frisquet tout là-haut à 1900 mètres. Heureusement, le feu était vif et les chansons provençales, et pour finir, la Coupo Santo, entonnée avec une grande dévotion et enthousiasme, apportèrent beaucoup de chaleur…

Pour achever la randonnée

Bien sûr, il manquait à notre tour du Ventoux, l’un des épisodes les plus fameux raconté par Frédéric Mistral : le passage du Pas de l’Ascle (fente) dans les Gorges de la Nesque, au pied du Rocher du Cire, où notre Maître « crut bien y laisser ses os, dans un précipice, avant d’avoir accompli son œuvre félibréenne… ». Ce manque fut comblé un peu plus tard !

Nous nous donnâmes rendez-vous sur la route de la Nesque, au belvédère du Rocher du Cire « là où la Nesque s’engouffre… », e à partir de là, accompagné de quelques Jonquiérois du cru, nous reprîmes notre périple annoncé comme scabreux. Et en effet ce le fut, à la fois par la pente raide et le mauvais état des sentiers pas toujours bien signalés, mais également par l’ardeur du soleil de juin au fond des Gorges ! C’est ici que nos devanciers « marchèrent dans les rochers, sur les talus, au pied d’un horrible escarpement, appelé le Rocher du Cire… » et que Mistral, puis, y plaça l’épisode si fameux de son poème Calendal.

Nous ne fûmes pas surpris par la nuit au Pas de l’Ascle (fente) comme Mistral et ses amis qui se perdirent dans ce « véritable endroit mortel, en danger, tout là-bas, je ne sais pas où… Et avec cela, nous remontâmes, en essayant par ici, par là, pour nous sortir du précipice. Accablés, exténués et trempés comme des canetons, heureusement que nous vîmes, alors, dans l’obscurité, luire au loin, une petite lumière. Nous y allâmes. Ce fut une cabane à l’écart qu’on appelait Les Bessons (jumeaux). »

Et bien, ces Bessons, nous même, nous les avons dénichés ! Nous prîmes, sur les traces même de Mistral et d’Aubanel, un sentier mal indiqué, scabreux, pentus et pierreux tel qu’on ne peut le décrire, qui nous achemina, tant bien que mal, après une bonne demi-heure de frayeur, sur un escarpement spectaculaire, droit devant le Rocher du Cire, un belvédère qui vous coupait le souffle ! Et quelle surprise ! Nous fûmes à quelques pas de la vieille bâtisse des Bessons qui abrita autrefois nos vaillants félibres. Et quelle émotion fut la nôtre de rencontrer, dans ce pays où le bon Dieu n’est passé que de nuit, une vieille grange si chère à nos cœurs de Provençaux ! C’est pour moi une joie incommensurable de vous décrire l’accueil si chaleureux et simple que les pauvres gens des Bessons firent à nos héros : « La ménagère avait mis la marmite sur le feu. Avec de l’ail, de la sauge et une poignée de sel, le tout bien garni d’huile d’olive, rapidement, elle nous trempa une odorante Aigo-boulido (potage à l’ail et à la sauge), si bonne qu’Aubanel, tout petit qu’il fusse, en vida onze assiettes… »

Les chevriers de l’époque de Mistral ont disparu… et maintenant, y vivent toute l’année un jeune couple « d’étrangers ». Nous laissâmes à grand regret la bâtisse des Bessons, et, sur le plateau sauvage, nous cheminâmes tranquillement à travers les bois de yeuses et de chênes à kermès jusqu’au moment où il nous fallut dévaler le fond ombreux et boisé de la Nesque pour dénicher la Chapelle troglodytique de Saint-Michel.

Là, entre les parois rocheuses taillées et glissantes, sur un sentier étroit, escarpé et scabreux à vous donner le vertige, un véritable brise-cou, il fallut mettre toute son attention pour bien poser les pieds. Nous nous abritâmes dans une grotte spectaculaire et nous mangeâmes gloutonnement un solide pique-nique bien arrosé d’un grand choix de Côtes du Ventoux. Nous parcourûmes le fond de la combe durant un bon moment et le plus court fut de reprendre le sentier difficile et raide qui nous achemina vers le belvédère du Rocher du Cire, au pied de la stèle consacré au passage de Calendal en ce lieu sauvage.

Et ainsi, belle conclusion. Mais maintenant, je peux affirmer que Mistral ne plaisantait pas lorsqu’il parlait « du pauvre curé qui avait glissé et s’était brisé les membres dans la Nesque… »

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