Qui sommes-nous ?

LES CARNETS DU VENTOUX

Une revue associative trimestrielle.

 

Cette revue, créée en 1986, s’inscrit dans un territoire,

dominé par le Ventoux, situé, d’un côté, entre les Dentelles

de Montmirail et la montagne de Lure et, de l’autre,

entre les collines des Baronnies et les hauteurs des monts de Vaucluse.

 

Son objectif est de mieux faire connaître cette montagne emblématique et les villages qui l’entourent, de contribuer à la mise en valeur de leur patrimoine naturel, culturel et humain, d’évoquer leur histoire, de rendre compte de leur vie d’aujourd’hui et de participer à la réflexion sur leur avenir.

 

Le comité de rédaction est composé d’une douzaine de rédacteurs permanents secondés de rédacteurs occasionnels, tous bénévoles.

 

Chaque numéro de 96 pages comprend un dossier thématique, un reportage sur un village, le portfolio d'un artiste et diverses autres rubriques sur la faune, la flore, l’histoire, une randonnée…

 

Publiée par les éditions Esprit des Lieux à Saint-Léger-du-Ventoux, la revue est rédigée, mise en page et imprimée sur le territoire du Ventoux.

 

L’association Les Carnets du Ventoux est membre consultatif du comité syndical du Parc naturel régional du Mont-Ventoux.

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Les Carnets du Ventoux

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Carnets du Ventoux n°112 - été 2021
96 pages proposées à nos lecteurs,
peintres, écrivains, photographes, illustrateurs et poètes
nous font partager leur attachement à la montagne...
Bernard Mondon : directeur de la publication
 
La traduction de l'article en provençal ci-dessous
 

24 x 21 cm, 96 pages.

Prix public : 10 euros

 

En vente à Vaison-la-Romaine, Bédoin, Mormoiron, Flassan, Villes-sur-Auzon, Mazan, Beaume-de-Venise, Vacqueyras, Sault, Méthamis, Nyons, Malaucène, Buis-les-Baronnies, Pernes-les-Fontaines, Carpentras, Le Barroux, Montbrun-les-Bains, le sommet du Ventoux, Mollans, Entrechaux et à l'office de tourisme de Monieux.

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La traduction en français de l'article en provençal

ENGAGEMENT OU VOCATION ?

Jean-Bernard Plantevin/Virginie Bigonnet-Balet

 

Virginie Bigonnet-Balet enseigne la langue provençale (Occitan-Langue d’oc) depuis plus de vingt ans dans les collèges locaux. Si l’enseignement de cette spécialité parait atypique dans notre paysage mondialisé, faire le choix de l’enseigner est presque une gageure, une vraie volonté de transmettre un morceau essentiel de notre patrimoine immatériel. Pourtant, la majorité n’adhère pas à cette initiative et c’est contre vents et marées que les défenseurs de notre belle langue régionale, vieille de 800 ans et nobélisée en 1904, se mobilisent pour la faire vivre. Virginie Bigonnet-Balet en est l’une des chevilles ouvrières les plus actives tant au niveau professionnel qu’associatif. Nous l’avons questionnée sur ses motivations et sur son engagement :

 

J-B. Plantevin – Enseigner la langue première du Ventoux est une activité un peu atypique. Quelle motivation vous a poussée à faire le choix de votre métier ?

 

V. Bigonnet-Balet – Ma première motivation fut de prendre conscience qu’une langue et une culture allaient disparaitre si nous ne faisions rien. Cette langue, mes grands-parents et mon aïeule savaient la parler. Mes parents la comprenaient encore. Mais pour ma génération, subsistaient, au mieux, quelques mots provençaux qui s’employaient encore mêlés au français. Cette disparition était tellement rapide qu’il ne fallait pas attendre une génération de plus pour réagir. J’ai donc appris la langue dans mon village de Caromb, avec le cours associatif de la Carounenco (Carombaise)… J’avais une quinzaine d’années. J’ai ensuite passé le CAPES « Occitan-langue d’oc » pour avoir le droit d’enseigner le provençal au collège et au lycée.

J-B. P. – Comment l’enseignement du provençal, est-il considéré par rapport aux autres spécialités comme les mathématiques, le français, l’anglais, l’histoire ou la géographie ? Avec la dernière réforme de l’enseignement, avez-vous des projets communs entre spécialités ?

 

V. B-B.- Comme cela fait vingt ans que j’enseigne dans les collèges de Mazan et de Monteux, le provençal a sa place. Mais à la différence du français, ou de l’histoire, c’est une lutte chaque année pour maintenir l’enseignement d’une langue régionale. Souvent, le plus difficile est au changement de chef d’établissement. Il faut à nouveau gagner la confiance, montrer que ce que nous faisons est important, que c’est intéressant pour les élèves, pour le collège… Les projets y aident. Par exemple, la petite troupe de théâtre « les peigneurs de cages » (sobriquets désignant les habitants de Mazan !) du collège de Mazan prépare des pièces en provençal afin de les jouer dans la région. Cela valorise le collège ainsi que ma matière.

Il en est de même quand mes élèves participent à des émissions de radio sur France Bleu Vaucluse avec Paulin Reynard. Les collégiens qui ont choisi le provençal sont mis en valeur, de même on parle de cet enseignement et du collège. Un professeur de mathématique aura toujours des heures et des élèves, quelle que soit la qualité de son enseignement. Mais, il n’en est pas de même pour les langues régionales !

 

J-B. P. – L’enseignement de la langue régionale n’est pas une spécialité principale. Alors, comment faites-vous pour assurer le recrutement des élèves et combien y en a-t-il dans les collèges locaux ?

 

V. B-B.- Je dis souvent que je ne suis pas qu’un professeur. Je suis aussi parfois une « commerciale », car il me faut « vendre » ma matière. Je veux dire par là, que même s’il y a des heures qui me sont allouées pour enseigner le provençal, les classes ne se remplissent pas d’elles-mêmes. C’est une « option facultative », et si les enfants ne sont pas intéressés, ils ne s’inscrivent pas. Alors chaque année scolaire, je vais dans les écoles primaires pour expliquer aux enfants qu’apprendre le provençal est quelque chose d’extraordinaire, qu’ils auront davantage d’heures dans leur emploi du temps, mais qu’ils vont prendre du plaisir, qu’ils vont apprendre des choses très intéressantes sur la nature, sur leur région, qu’ils vont découvrir la langue et la culture de leur pays, etc… Il est important de leur expliquer qu’ils sont tous provençaux car ils habitent en Provence, et pas davantage !

J-B. P. – Pour faire vivre la langue du Ventoux, l’enseignement ne parait pas suffisant pour en assurer sa pérennité et vous avez des initiatives en dehors de votre métier, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

 

V. B-B.- L’enseignement de la langue régionale dans le cadre de l’éducation nationale est indispensable car cela permet de proposer le provençal à beaucoup d’enfants. En additionnant Mazan et Monteux, j’ai plus de 200 collégiens qui ont choisi cette option. Mais il faut se mettre à l’évidence qu’une seule heure (parfois deux) par semaine, ce n’est pas suffisant pour maitriser une langue convenablement. C’est pour cela que nous proposons des stages pendant les vacances scolaires avec l’association Provençal Langue Vive. C’est principalement dans ce cadre que les jeunes peuvent pratiquer la langue et faire des progrès. Pendant quatre à cinq jours, nous ne parlons qu’en provençal tout au long de la journée. Ainsi, les enfants jouent, mangent, rient en pratiquant la langue. Il est très important de leur montrer que nous pouvons tout faire « en provençal ! Que ce n’est pas qu’une langue d’école, un peu artificielle. Que c’est une langue vivante et qu’il faut continuer à la faire vivre.

Il est également essentiel de mettre au point des outils pour transmettre la langue. Il y a quelques années, j’ai participé à l’écriture du « provençal de poche » aux éditions Assimil : petit ouvrage pour apprendre les bases du provençal. Pour les plus jeunes on peut aussi trouver des Chansonnettes provençales (Voir l’article « Chansonnettes provençales » sur CDV n° 96). Ces comptines sont accompagnées de petits dessins animés, pour aider les enfants à comprendre leur signification. Le premier travail fut de les collecter, en les enregistrant auprès des anciens. Et c’est dans un studio de Plan d’Orgon que les musiciens de Provençal Langue Vive ont travaillé la version finale. Une infographiste a fait l’animation vidéo des chansonnettes et les a mises sur YouTube. Le monde entier peut donc les visualiser sur la toile, et ça ne leur coûte rien ! Il suffit de taper « Cansouneto » sur internet !

 

J-B. P. – Transmettre la langue, parait être un vrai combat est votre engagement est permanent. À l’heure actuelle, y-a-t-il des moyens nouveaux qui pourraient aider à la sauvegarde de notre patrimoine immatériel ?

 

V. B-B.- Si nous voulons tout faire pour sauver la langue, il faut reconnaitre que l’œuvre est colossale. Nous pourrions y consacrer notre vie, cela ne suffirait pas… Mais il faut surtout trouver de l’aide. La volonté du Parc Naturel Régional du Ventoux nous laisse entrevoir l’espoir d’un soutien pour pouvoir conduire de grands projets et toucher davantage de monde. Il y a beaucoup de gens qui seraient intéressés pour apprendre la langue, mais ne savent pas comment faire. Le PNR a promis de faire une large place à notre langue dans toutes ses publications. Dans ce cadre, des stages de provençal sont proposés dans leurs programmes d’activités, en lien avec l’association de l’Escolo dóu Ventour (École du Ventoux).

Il y a également des progrès au niveau de l’enseignement dans l’école de Mazan avec la création de classes bilingues à l’école primaire de la Condamine. À la rentrée de septembre 2020, le rectorat a créé deux postes pour des professeurs qui ont la compétence pour transmettre la langue. Un enseignant se charge de la maternelle et l’autre du primaire. Une première dans le Vaucluse !

 

Il y a encore beaucoup à faire, bien sûr. Les idées ne manquent pas. Je suis en train de travailler sur une application pour apprendre le provençal en ligne. Il y aura des milliers de phrases, du vocabulaire, des verbes que l’on pourra écouter, et pour chaque chapitre, des jeux et des exercices pour aider à la mémorisation. Mettre des ressources sur internet me parait être une priorité à l’heure du numérique. Il faut donner aux gens, les moyens d’apprendre la langue si nous ne voulons pas qu’elle se perde.